Retour sur les résultats des élections régionales 2015 en PACA

Les analyses de VISA 13 : Retour sur les résultats des élections régionales 2015 en PACA

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Les élections régionales de 2015 viennent de confirmer un nouveau pas en avant pour les idées d’extrême droite en général et pour le FN en particulier.

 

Même si la progression du FN en PACA est, comme à l’échelle nationale, sans précédent, nous pouvons être soulagé que celui-ci ne soit pas parvenu à mettre la main sur la Région.

Une victoire de Marion Maréchal Le Pen aurait eu des conséquences dramatiques pour les habitants de la région PACA notamment si l’on se réfère à ses nombreuses déclarations sur la suppression des subventions aux plannings familiaux ou aux associations LGBT. Celle-ci aurait mené une politique antisociale et au service des entreprises, elle aurait pris des mesures racistes et stigmatisantes et aurait considérablement renforcer les dispositifs sécuritaires au détriment des libertés publiques et du vivre ensemble.

 

D’autre part, une victoire de MMLP à la région, assortie de celles de Marine Le Pen, Philippot ou Alliot auraient eu une portée symbolique très dangereuse dans la perpective de l’élection présidentielle de 2017. Le FN, fort de ces nouveaux trophées aurait vu le nombre de ses élus augmenter considérablement. Cela lui aurait donc permis de former beaucoup plus de cadres politiques tout en obtenant dans le même temps des moyens financiers sans précédents.

 

Enfin la prise de plusieurs Régions aurait permis de consolider un peu plus la stratégie de MLP et de F.Philippot qui consiste à doter le FN d’une vitrine républicaine en lui donnant l’image d’un parti présidentiable, capable de gérer les affaires une fois arrivés au pouvoir. Alors que 2017 approche à grand pas, un bilan négatif de la gestion de ces Régions aurait été très difficile à démontrer à la fois par manque de temps mais également car il y a fort à parier que jamais le FN n’aurait pris le risque de se lancer dans des gestions trop contestables d’ici là. L’analyse des municipalités FN montrent bien que le bilan des années 1990 a été tiré.

Donc il faut affirmer que oui, la défaite du FN dans l’ensemble des régions est une bonne chose, et non, quoi que l’on pense de Estrosi, Bertrand ou autres, ce n’est pas blanc bonnet et bonnet blanc !

Ce soulagement doit cependant être de courte durée car il ne fait aucun doute que Christian Estrosi, malgré ses appels à la « résistance » et son discours soi disant adouci au lendemain du scrutin, appliquera une politique réactionnaire et antisociale, à l’image de la campagne qu’il a mené. Il devra composé avec un hémicycle teinté de différentes nuances de brun marine.

Enfin il suffit de se confronter aux chiffres pour se rendre bien compte de l’étendue des dégâts. Même si le FN ne remporte aucune Région, celui-ci ne cesse de progresser. C’est vrai au niveau national, et ça l’est d’autant plus en PACA où partout ses scores augmentent et son influence territoriale s’accroit, y compris dans des localités jusque là préservées.

 

PACA  : des résultats qui ne laissent aucun doute  !

 

Le FN obtient 719 746 voix au 1er tour et 886 147 voix au 2nd tour et gagne donc 166 401 voix, soit 20% de la progression totale du FN en France entre les deux tours. Il y a donc eu une mobilisation particulièrement importante de l’électorat FN en PACA entre les 2 tours. On peut par ailleurs ajouter les 19 889 voix obtenues par la Ligue du Sud de Bompard au 1er tour  !

 

Le FN obtient près de 280 000 voix supplémentaires que pour les élections départementales de mars 2015, et près de 230 000 de plus qu’à l’élection présidentielle de 2012.

Le FN obtient ainsi 42 sièges au Conseil Régional, contre 21 lors de la précédente mandature, et bat son record de 37 sièges jusque là détenu avec les élections régionales de 1998. Le FN avait alors franchit avec peine le seuil des 400 000 voix.

 

Le FN arrive en tête du 1er tour dans 5 départements de PACA, à l’exception des Alpes-Maritimes, fief de Christian Estrosi. Dans chacun des départements de PACA, le FN augmente son nombre de voix non seulement par rapport aux élections départementales de mars 2015, mais aussi par rapport à celui de l’élection présidentielle de 2012, et très nettement  !

 

Mais un des résultats les plus marquants, et qui démontre nettement l’influence grandissante et rapide du FN en PACA, concerne celui du département des Hautes-Alpes où le FN obtenaient lors des élections départementales de mars 2015 à peine 4764 voix et était éliminé dans l’ensemble des cantons à l’issue du 1er tour. Seulement 8 mois plus tard, celui-ci obtient 19 250 voix au premier tour et 23 341 au second.

 

Mais pour se rendre compte aussi de l’étendue territoriale de l’influence du FN, on peut citer deux exemples : celui des Bouches-du-Rhône où même si MMLP arrive deuxième au 2nd tour des élections régionales, celle-ci arrive en tête dans 51 communes, sur les 119 de ce département. Pire encore, l’exemple du Var où bien que MMLP arrive aussi deuxième au 2nd tour, elle est en tête dans 90 communes, sur les 153 que compte ce département  !

 

On observe aussi que dans les 34 communes de PACA de plus de 20 000 habitants, MMLP arrive très souvent en tête au 1er tour mais n’arrive en tête au second tour que dans 8 communes, dont 2 actuellement aux mains de l’extrême droite (Fréjus et Orange), 1 dans le fief de MMLP (Carpentras), et 1 dans une mairie longtemps aux mains de l’extrême droite (Marignane). Sans en tirer des conclusions trop définitives, on peut au moins constater que les victoires de MMLP au second tour se font dans des communes ne dépassant pas les 20 000 habitants, et aussi dans des très petites communes.

 

A Marseille, le FN arrive en tête du 1er tour avec 78 809 voix, et obtient 97 900 voix au 2nd tour, soit près de 16 000 voix de plus qu’aux élections départementales 8 mois plus tôt, 18 608 voix de plus qu’à l’élection présidentielle de 2012, et près de 30 000 voix de plus qu’aux municipales de 2014.

 

Dernier fait notable enfin l’augmentation significative du vote blanc/nul entre les deux tours en PACA. En effet, ce dernier atteint 3,06% (soit 56 142 voix) au 1er tour  pour exploser ensuite au 2nd tour avec 7,83%, soit 166 381 voix. Si l’effet «  front républicain  » a fonctionné et a empêché MMLP d’arriver à la tête de la Région PACA, on constate que de nombreux électeurs ont également fait le choix de se déplacer pour exprimer leur refus de voter Estrosi même pour faire barrage au FN.

 

Zoom sur les communes gérées par le FN

 

Si l’on regarde de plus près les communes où le FN est aux commandes depuis bientôt deux ans, là encore force est de constater que, loin de baisser, ses scores augmentent ou au mieux stagnent.

Tout d’abord, en dehors du 7ème secteur de Marseille, dans l’ensemble des communes de PACA où le FN est à la tête de la mairie, celui-ci arrive en tête des élections régionales, au 1er comme au 2nd tour  !

 

A Camaret-sur-Aigues, au Pontet ainsi que dans le 7ème secteur de Marseille, le FN fait plus de voix qu’aux municipales de 2014 et qu’aux départementales de 2015. Dans le 7ème secteur de Marseille, le FN augmente d’environ 1000 voix entre chacune de ces élections.

 

En dehors de Orange (avec la problématique de la Ligue du Sud), le FN augmente ses voix entre les départementales et les régionales de 2015, dans l’ensemble des communes qu’il gère.

 

Contrairement aux désastres des gestions FN des communes, à la fin des années 90, nous assistons pour l’instant à un plébiscite dans les communes qu’il gère aujourd’hui.

 

La campagne d’Estrosi  : une victoire à la Pyrrhus

 

Face aux résultats extrêmement importants du FN au 1er de ces régionales, Christian Estrosi, arrivé 2nd avec 12 points de retard, s’est mué en véritable hérault de la république et en utlime rempart contre l’extrême-droite barrant, sans la moindre gène du monde, ses affiches d’un appel à la résistance. C’est pourtant oublier un peu vite à quel point cet adepte des thèses de la Droite Forte, courant le plus réactionnaire de l’UMP/les Républicain, a depuis plusieurs années surfé sur les thèmes de l’extrême droite, multipliant les amalgames, les propos racistes et rétrogrades ainsi que les discours sécuritaires.

 

Déjà lors des élections de 1998, ce dernier voulait gouverner la région PACA avec le Front National afin d’éviter que le PS ne prennent la présidence du conseil régional. Les socialistes disposent alors d’une très courte majorité avec 49 élus contre 37 pour l’UDF-RPR et 37 pour le FN. Un groupe de 21 élus de droite, dont Christian Estrosi en bonne place, entame des manœuvres pour prendre la présidence. Alors que l’accord semblait bouclé, il aura fallu l’intervention des directions centrales du RPR et de l’UDF ainsi que l’action de François Léotard pour mettre un terme à la manœuvre. Durant la campagne, le FN ne s’est d’ailleurs pas privé pour rappeler sur les réseaux sociaux les flirts d’Estrosi avec l’extrême-droite.

Depuis lors et jusqu’à très récemment, Christian Estrosi n’a eu de cesse de chasser sur les thèmes de l’extrême-droite, multipliant les provocations racistes et les sous-entendus, tant il est persuadé de pouvoir capter l’électorat du FN. « Mariage bruyant », « interdiction des drapeaux étrangers », « anti-mendicité », le maire de Nice a régulièrement fait parlé de lui en multipliant des arrêtés pour le moins stigmatisants envers certains membres de la population, se justifiant par des sous-entendus plus ou moins grossiers. Lors de l’attentat qui a touché une usine en Isère en juin dernier, il n’hésite pas une seconde avant de comparer l’islam et les musulmans à une « cinquième colonne », un ennemi de l’intérieur, prêt à déclarer une « troisième guerre mondiale », à « la civilisation judéo-chrétienne ».

 

Aymeric Chauprade, eurodéputé Front national et ex-conseiller aux affaires internationales de Marine Le Pen avait d’ailleurs à l’époque réclamé des droits d’auteur puisqu’il avait lui même utilisé ces mêmes propos quelques mois plus tôt avant d’être renvoyé. Rien d’étonnant, lorsqu’on sait que cette expression faisait parti de l’arsenal discursif de Jean-Marie le Pen dans les années 1970. Ce dernier se servait de cette expression pour développer l’idée que le PCF était une cinquième colonne soviétique tout en inventant dans le même temps une sixième colonne  : l’immigration. Pour Estrosi, ce type d’emprunt n’est pas un hasard. En qualifiant l’islam de cinquième colonne, il jette la suspicion sur tous les Musulmans, les accusant de comploter contre la France. Celui-ci persiste et signe en demandant, après les attentats de novembre, l’assignation à résidence de toutes les personnes fichées pour radicalisation sans d’autres formes de procès et au mépris des règles les plus élémentaires du droit. Rien est trop beau pour flatter l’électeur et attiser les peurs.

 

L’échec de la stratégie sarkozyste.

 

Les résultats au premier tour montre, s’il en était besoin, que la stratégie de phagocytage du FN par le candidat LR à travers la banalisation et la récupération des thèmes et du vocabulaire de l’extrême droite, s’est largement retournée contre ses auteurs. A force de jeter de l’huile sur le feu, les électeurs finissent par préférer l’original à la copie.

 

A ce titre ces élections régionales, particulièrement en PACA sont un exemple supplémentaire de l’échec flagrant de la stratégie sarkozyste et de celle la droite forte. En persistant dans cette voie la droite ne pourra plus simplement se cacher derrière la posture stratégique. Une telle obstination relèverait désormais du choix idéologique assumé.

 

Le nouveau Conseil Régional de   PACA

 

A l’issu du 2nd tour, le nouveau président du Conseil Régional a beau se présenter en rassembleur du camp des « républicains » en annonçant la mise en place d’un conseil territorial pluraliste, il apparaît comme pris au piège par sa propre stratégie. Il devra composer avec 42 élus FN sur 123 et éviter les glissements de ceux de son propre camp dont la porosité idéologique a déjà plusieurs fois été relevée. MMLP a déjà sauté sur l’occasion pour se placer en principale opposante, crier à la trahison et au déni de démocratie, tout en dénonçant ce qu’elle qualifie de « coalition » contre « le FN et les patriotes ». Une nouvelle occasion, s’il en était besoin, d’user de la formule « anti-UMPS» si chère à son parti. Parmi ces 42 élus FN, la présence de Philippe Vardon, le « gros bras » du bloc identitaire, adepte de chants néo-nazi et des soupes au cochon, est particulièrement notable et inquiétante.

 

Vigilance et riposte syndicale  !

 

Entre co-gestion et opposition systématique il est encore difficile de prédire la stratégie du groupe FN à la région PACA pour les années à venir, d’autant qu’il y aura certainement un avant et un après élection présidentielle 2017.

 

Mais une chose est sûre, avec 42 conseillers régionaux sur un total de 123, et connaissant les prédispositions de la droite régionale et d’Estrosi en particulier à passer des accords avec l’extrême droite, il ne suffira au FN que de recueillir l’assentiment de seulement 20 conseillers de la majorité pour faire passer ses propositions brunes.

 

S’il nous faudra donc être particulièrement vigilants face aux différentes propositions et interventions de l’extrême droite dans l’hémicycle régional il nous faudra l’être aussi sur les différentes mesures votées par ce nouveau Conseil Régional. Nous ne devrons pas oublier d’être également attentifs aux éventuelles collusions entre les élus LR et FN. Outre le travail d’observation et d’analyse, une solidarité concrète et sans faille devra se mettre en place afin appuyer les syndicalistes et les collègues travaillant sous la coupe d’un Conseil Régional largement réactionnaire.

 

Ce scrutin, peut-être plus que les précédents encore, a montré que la lutte contre l’extrême-droite se situait bien au delà du simple tempo électoral. Pour VISA 13, le moment est plus que jamais à l’unité des forces syndicales et plus largement de toutes les forces désireuses de porter un autre projet de société. Car si le FN se nourrit de la misère, des peurs et des désespérances en détournant les colères, il prospère aussi sur nos défaites et nos renoncements.

Il est encore temps de changer la donne, de démasquer le FN et de montrer son vrai visage, celui d’un parti fasciste et antisocial qui est le pire ennemi des salarié-e-s et de la démocratie. A nous d’imposer une riposte d’envergure et de recréer l’espoir en une société plus juste, égalitaire et solidaire. A ce titre, en tant que syndicalistes, que ce soit à la Région comme en dehors de cette institution, notre rôle sera plus que déterminant.

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